Waste Experiment de Sophie Dabat

Alors que la peine de mort est remise en place dans de nombreux pays, les ONG se sont battus pour que les prisonniers puissent avoir une peine alternative. Désormais, les prisonniers ont donc le choix entre donner leurs organes ou être condamnés à entretenir un Waste, un centre hautement radioactif inactif.

Rosalie Queen, après avoir tuée une camarade de classe qui la harcelait, est condamné à vivre dans un waste en Chine.

Les Waste et la peine de mort

Le postulat du livre est que les Etats ont voulu à la fois remettre en place la peine de mort et, en même temps, y trouver une alternative. Ce postulat est un peu incohérent et l’instauration des Waste aurait mérité davantage d’explications.

La position de l’autrice contre la peine de mort

Il y a dans ce livre un message contre la peine de mort qui ressort des différents extraits d’articles d’associations. Cependant, dans le récit, ce message est beaucoup plus flou et manichéen.

En effet, l’autrice montre que la peine de mort peut aboutir à des condamnations de personnes non coupables (Gail), en fonction de moeurs d’un pays ou encore pour des raisons politiques. De fait, elle prend position contre la peine de mort en démontrant que ces condamnations sont injustes.

Elle précise aussi que des personnes comme Rosalie, qui ont commis des crimes mais qui les regrettent ne méritent pas la peine de mort.

Cependant, dans les Waste, il y a également les solitaires et c’est, à mon sens, ce qui rend le livre manichéen. Cela rend flou le message de l’autrice. Les solitaires sont, en effet, de dangereux criminels qui ont commis des crimes graves.

La place qu’ils ont dans le récit signifie, à mon sens, que certains seraient incapables de se réinsérer en raison de leur crime et que leur peine était donc justifiée. Cela sous-entend également que le crime commis par une personne détermine qui il est et sa capacité à se remettre en question. Qui peut dire qui peut se réinsérer dans la société et qui ne le peut pas ?

Le message de l’autrice manque donc de complexité. Les questions de réinsertion en société, de capacité à se repentir, de nécessité d’isoler un individu de la société en raison de sa dangerosité ou, au contraire, de maintenir une personne dans la société sont des questions très complexes et ne peuvent se diviser binairement. Or, c’est le cas dans ce récit.

Un message maladroit

A la lecture de Waste, j’ai eu l’impression que l’autrice s’escrimait à démontrer que la peine de mort pouvait aboutir à des condamnations injustifiées. Cependant, il y a tout un pan de la problématique qui n’est pas abordé : coupable ou non coupable, la peine de mort reste une  abominable et cruelle condamnation.

J’aurais préféré un peu plus de nuances dans les groupes afin d’éviter un livre beaucoup trop binaire. En effet, si on regarde les deux groupes créés, il y a d’un côté les condamnés par erreur et les “vrais” criminels qui ne se remettent pas en question. Il aurait également fallu un peu plus d’empathie envers les solitaires, ce qui ne ressort pas du livre. Au contraire, j’ai eu l’impression que Rosalie était rassurée qu’ils meurent.

De plus, il y a des personnages qui sont tués automatiquement en arrivant par les “chefs” du waste qui les juge dangereux parce qu’ils ont des problèmes psychiatriques ou sont violents.

Implicitement cela signifie : les personnes violentes et les personnes ayant un handicap psychiatrique ne peuvent pas vivre en société.Ni plus ni moins dès lors qu’ils sont condamnés à mort arbitrairement par les membres du Waste. Je ne pense que c’était le message mais c’est très maladroit.

L’intrigue de Waste

Le récit est très superficiel et plus une énumération de toutes les injustices du monde rassemblées dans un Waste que vraiment un récit.

Le récit n’avance pas, c’est une succession de scènes d’actions sans vraiment de liens les unes avec les autres. Elles sont également inutilement répétitives.

Il n’y a aucune scène du quotidien, on ne voit pas vraiment ce qu’ils sont censés faire de leur vie dans le Waste. Il n’y a aucune ambiance, ce qui rend encore plus superficiel les scènes. Je n’ai rien ressenti à la lecture de ce livre.

De plus, il y a beaucoup d’incohérences et on ne s’attache pas aux personnages car ils meurent trop vite.

La majeure incohérence étant : pourquoi Rosalie se balade avec un chien alors qu’elle part dans un périple ? Elle aura sans aucun doute besoin de tous ses bras et jambes alors qu’un chien aboie et risque donc de la faire repérer.

De plus, l’histoire d’amour est de trop et vraiment niaise et irréaliste. Et à partir du moment où Dimitri arrive, Rosalie qui est censé être la leader devient complètement obnubilé par lui !

Je ne compte également pas les interminables monologues qui n’apportent rien et ne font que se répéter. Le premier monologue de Rosalie auraient été copié-collé à chaque fois qu’elle prend la parole que le livre aurait été identique. Ces monologues sont d’autant difficiles à lire qu’ils sont mélodramatiques.

Il y a beaucoup de répétitions également sur la difficulté de la vie dans le Waste.  Cependant ces difficultés ne sont pas montrées dès lors qu’on n’a jamais une seule scène de vie quotidienne. Par exemple, il est précisé que les rations sont insuffisantes. Cependant, on ne les voit jamais avoir faim. Au contraire : Rosalie s’amuse que Dimitri mange tout le temps !

Lorsqu’on arrive à un semblant de stabilité, il y a une ellipse de huit mois et on apprend que tout le monde est mort. A ce moment, le roman aurait pu se poser un peu pour créer une ambiance et des liens entre les personnages.

Les personnages

Des personnages divers mais non développés

Il y a une forte volonté de l’autrice de marquer la diversité de ses personnages. Son personnage principal est latino-américaine, la personnage secondaire est noire. Il y a un couple d’hommes et un couple de femmes.

C’est bien, je suis pour la diversité dans les livres mais lorsqu’ils ne sont pas réduits à une couleur de peau ou une orientation sexuelle. Ils ne sont pas développés. Ils sont davantage des sortes de « porte-drapeau » des injustices touchant une minorité. 

Des personnages creux

Ce que j’ai regretté dans ce livre, ce sont les personnages. Ils sonnent creux, n’ont pas vraiment de développement. En particulier, Rosalie, le personnage principal, n’a aucune identité et ça se sent dans le récit. Elle a un comportement incohérent, ses émotions ne ressortent pas, au contraire de ses trop nombreuses pensées sur elle-même.

L’autrice a voulu en faire une leader forte mais c’est un échec. Ce n’est pas un leader et sa force est davantage dite que montrer. Elle se répète incessamment qu’elle a dû faire des choix, vivre des choses difficiles mais jamais ce n’est mis en exergue dans les faits. Les scènes où elle fait ses rares choix ne montrent pas assez des décisions qu’elle prend. De même, ses réactions sont très peu émotionnellement apparentes.

De plus, il est impossible de s’attacher aux autres personnages tant ils sont insuffisamment développés. Et lorsqu’on peut commencer à les apprécier… ils meurent et d’autres personnages tout aussi insipides prennent leur place.

La fin de Waste

La fin est… à la hauteur du récit : rien n’a avancé, elle est incohérente et ne résout pas l’histoire. Ils vivent heureux… dans un waste radioactif avec un bébé. Les autres personnages ? Rien n’est précisé sur ce qui leur arrive.

Je ne suis pas contre les fins ouvertes, quand ce sont des fins. Waste ne fini pas. Il n’y a pas de résolution et la scène finale n’est juste qu’une scène irréaliste et mélodramatique de plus.

En conclusion

Un livre qui manque de développement et de solidité. Je n’ y ai pas du tout adhérer et je trouve qu’il montre à quel point les maisons d’édition publient de moins en moins d’ouvrages qualitatifs en Young Adult.

De plus, la promotion du livre indiquait qu’il s’agissait d’un livre pour les fans de The 100 et la servante écarlate. Ils auraient pu dire que c’était pour les fans de Grey’s anatomy et des Simpsons que cela aurait été identique.

Il n’y pas d’esprit des 100 ou de la Servante écarlate dans ce livre car le récit est creux, vide de sens, a des personnages plats et une fin qui ne résout rien.


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