Sauveur et Fils de Marie-Aude Murail

Sauveur et fils est un roman jeunesse/adolescent écrit par Marie-Aude Murail et publié aux éditions L’école des Loisirs. Dans chaque tome, on suit Sauveur, psychologue et son fils, Lazare et les patients de Sauveur. Chaque tome aborde plusieurs thèmes, tournant toujours autour de l’adolescence, du développement et des relations parents/enfants.

Les deux premiers tomes m’ont beaucoup plu. J’ai toutefois eu plus de mal avec les deux derniers. Les personnages sont plutôt bien développés, les thèmes abordés actuels. Toutefois, certains sujets manquent d’approfondissement.

Le personnage de Sauveur et de son fils, Lazare

Le personnage de Sauveur apparait un peu comme le tout puissant dont l’existence n’a de sens que parce qu’il peut “sauver”. Si au début j’ai adhéré au personnage, je l’ai trouvé trop “parfait” par la suite.

Son histoire personnelle, dans le premier tome, est très intrigante et apporte beaucoup de suspens. On en apprend davantage sur son enfance en Martinique et sur sa femme à la fin du livre.

Cependant, c’est un personnage très égoïste et égocentrique qui a un gros complexe du sauveur. Dans certains passages, il est très agaçant.

Par exemple, dans le troisième tome, à la sortie de l’hôpital, il donne des leçons à une mère qui crie sur son bébé. J’ai trouvé cela paternaliste et déplaisant comme scène.

Concernant Lazare, j’ai beaucoup aimé sa dynamique avec Paul. Leur relation est touchante. Les hamsters apportent également une touche humoristique bienvenue.

De plus, Sauveur et Lazare s’inscrivent dans une dynamique avec les autres personnages. Cette “bande de personnages” est bien représentée dans le troisième tome, avec la scène de Noël. Cette scène est touchante, adorable et amusante.

Les autres personnages

Les personnages récurrents

Gabin est un adolescent de seize ans dont Sauveur s’attribue la garde après avoir placé sa mère en hôpital psychiatrique. Ce personnage apparait fragile et complètement perdu. Une des intrigues les plus intéressantes sur ce personnage est lorsqu’il se demande s’il aura les mêmes pathologies que sa mère. J’ai trouvé cela très réaliste et bien amené, avec beaucoup de douceur et de simplicité.

Louise, la mère du meilleur ami de Lazare que l’on suit dans son divorce et dans sa relation avec Sauveur. Elle sert un peu trop de love interrest. Son personnage ne tourne qu’autour de Sauveur. On la voit dans sa relation à ses enfants mais souvent par rapport à ce que Sauveur pourrait penser d’elle.

Jovo : un légionnaire SDF que Sauveur recueille chez lui à partir du deuxième tome. Je n’ai pas du tout adhéré à ce personnage que j’ai trouvé de trop, vulgaire et peu utile aux intrigues.

Alice : la fille aînée de Louise.

Les patients

Un de mes favoris est le personnage de Raja et de sa mère. Le récit met en avant la force de ces deux personnages. J’ai trouvé ces passages très réalistes, doux et bien abordés. 

J’ai également beaucoup apprécié la dynamique des soeurs Carré. La relation entre soeurs est bien représentée. Leur relation est touchante et elles ont également une identité propre, chacune de leur côté.

Enfin, le personnage de l’institutrice permet de montrer la difficulté de l’enseignement. Son point de vue est intéressant et apporte un message pertinent.

Les thèmes abordés par les livres

La scarification et le suicide

Dans le premier tome, le personnage de Margaux se scarifie et finit par tenter de se suicider. Elle est sauvée in extremis par Sauveur qu’elle appelle.

Ce qui est intéressant dans ce sujet, c’est qu’il montre qu’un adolescent qui se scarifie, est un adolescent qui appelle à l’aide. Ce sujet est très bien abordé. J’ai trouvé le développement et l’explication relative aux parents très pertinente.

Dans le second tome, on retrouve Blandine, la soeur cadette. Blandine a assiste à la tentative de suicide de sa soeur et n’en dort plus la nuit. Elle passe son temps à surveiller sa soeur car elle trouve que ses parents manquent de vigilance. J’ai trouvé utile que ce point de vue-là soit abordé. Le passage où Blandine se confie sur ce qui l’empêche de dormir est touchant et très bien écrit.

La transidentité

A travers le personnage d’Ella/Elliot, l’autrice essaie d’aborder la transidentité. Je dis essaie parce que le récit aborde le sujet sans réellement l’aborder. Après, ce personnage est très riche et développé et on s’y attache aisément.

Ce qui m’a gênée dans cette intrigue, c’est que le sentiment d’Ella d’être née dans un corps qui ne correspond pas à son genre, est rattaché à une histoire personnelle. Elle tenterait d’être Elliot, son frère ainé mort-né.

Cela crée une impression que la transidentité trouve une explication rationnelle et psychologique. Il aurait fallu créer deux personnages. Un qui a une phobie scolaire et dont l’origine du problème serait le fait que les parents lui aient cachés l’existence d’un frère aîné. Et Ella/Elliot, une adolescente qui estime que son genre de naissance ne correspond pas à la réalité.

L’homosexualité et l’homoparentalité

Dans le premier tome, Sauveur reçoit Alex, Nicolas et Charlie. Nicolas et Alex étaient mariés et ont trois enfants. Alex quitte Nicolas pour Charlie, une femme.

Ce qui est intéressant dans ce sujet, c’est qu’il montre que les schémas préconstruits que la société impose sont nocifs. Alex a suivi ce schéma jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive que ce n’est pas ce qu’elle voulait.

Ce qui est cependant mal traité dans ce sujet, c’est qu’on a l’impression qu’Alex a quitté Nicolas parce qu’elle assumait seule les tâches ménagères.

La question de la bisexualité n’est jamais abordée non plus, c’est comme s’il n’y avait que deux possibilités.

De plus, l’origine de la venue de cette famille dans le cabinet de Sauveur est évacuée. En effet, les filles de Nicolas et Alex rejettent leur mère car elle est partie avec une femme.

Après, ce qui est intéressant c’est qu’on voit que les idées reçues sur l’homosexualité n’existent pas chez les enfants. Les deux soeurs ainées rejettent leur mère et sont inquiètes de ce qu’on pourrait dire d’elles. Alors que la benjamine de la famille n’est pas dérangée par cette situation.

Dans le deuxième tome, Sauveur reçoit Charlie et Alex qui veulent avoir un enfant. Ce sujet n’est pas très bien abordé dans le sens où le projet est présenté comme inopportun et précipité, alors qu’elles élèvent déjà un enfant ensemble.

J’aurais préféré que la place de Charlie en tant que beau-parent soit abordé, cela aurait été plus utile au sujet.

Ce qui est toutefois pertinent dans les propos du livre, c’est concernant la restriction de la PMA aux couples hétérosexuels. L’autrice met en exergue les problèmes sanitaires que cela peut créer lorsque les PMA sont artisanales.

L’impact des maladies psychiatriques sur les proches

Ce sujet est plutôt bien traité, on voit l’impact du placement de la mère de Gabin en hôpital psychiatrique sur lui mais également sur la mère. C’est intéressant de montrer, pour une fois, que les personnes ayant des pathologies psychiatriques ont une conscience. Généralement, ce point est oublié des récits.

Le harcèlement scolaire

Le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement sont abordés à travers le personnage d’Ella/Elliot.

Un garçon de sa classe la prend en photo alors qu’elle est habillée dans des vêtements d’homme. Il la poste sur les réseaux sociaux. A partir de ce moment-là, les personnes de la classe d’Ella/Elliot commencent à l’insulter par sms et sur les réseaux sociaux.

Ce sujet est bien traité du point de vue d’Ella/Elliot mais également des enseignants. On comprend également l’importance qu’a le personnel enseignant et les parents dans ces situations. En effet, la professeure de latin et l’infirmière du collège décident d’enquêter et de lutter contre le harcèlement subi par Ella/Elliot.

Ce sujet est mis en avant également à travers le personnage d’Alice qui réfléchit à son rôle dans le harcèlement d’Ella/Elliot. Elle finit par prendre parti pour Ella/Elliot en se rasant la tête en signe de soutien pour sa camarade. Ce point de vue apporte de l’originalité au traitement de ce sujet.

Les maladresses du livre

Les propos sur l’autisme

A un moment du récit, Alice pense que, parce qu’elle ne ressent aucune compassion face au divorce des parents d’une de ses connaissances, elle est “psychopathe ou autiste”.

Ce genre de phrase est une très mauvaise maladresse. L’autrice amalgame l’autisme à la psychopathie et, en plus de cela, elle sous-entend que les autistes n’ont aucune empathie. Contrairement à la psychopathie, l’autisme n’est pas une maladie psychiatrique. Ce n’est même pas une maladie ! De plus, les autistes ont de l’empathie.

Alors un tel propos dans un livre qui ne devrait pas être destiné qu’aux petits garçons neurotypiques, cis-genre et hétérosexuels est totalement déplacés.

Le genrage

Par ailleurs, il y a du genrage très présent dans ce livre. Le livre n’est pas sexiste dans le sens où il méprise les femmes. Il l’est dans le sens où il attribue aux personnages féminins et masculins des comportements genrés. Pourquoi les mères sont-elles toujours des “mères poules” rêvant au grand amour ou des marâtres ? Pourquoi les pères sont-ils toujours représentés comme fragiles, maladroits, infantilisés et “excusables” ? Les personnages féminins et masculins sont donc très stéréotypés.

Le sujet de la transidentité

Enfin, j’ai eu beaucoup de mal avec le traitement du personnage d’Ella/Elliot. On sent le récit mal à l’aise sur la question de la transidentité et sur le fait qu’un adolescent puisse se sentir né dans le corps qui ne correspond pas à son genre.

A plusieurs reprises, Sauveur pense qu’il ne doit pas rentrer dans le “fantasme” d’Ella/Elliot, que la question n’est pas tranchée. Le problème, c’est que la question n’est jamais tranchée dans les romans non plus. Ce qui me pose problème, c’est que cela sous-entend qu’une fois adulte, Ella/Elliot n’aura plus ses questions, que c’est une passade d’adolescent. Comme si, à l’adolescence, une personne pouvait avoir ces questionnements mais aucune certitudes.


En conclusion, une série de livres qui abordent des thèmes intéressants, à destination des adolescents. Il y aurait encore énormément à dire sur les quatre livres qui composent cette série mais je m’en suis tenue au sujets que je voulais développer sur ces livres.


 

L’Asperge de Sarah Morant

La fabuleuse Mrs Maisel : saison 2

Never Again de Sarah Dessen

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.