Never Again de Sarah Dessen

Autrice : Sarah Dessen

Edition : Lumen

Les développements qui suivent contiennent des spoilers.


Mon avis sur le récit

1. Résumé et Intrigue

D’après le résumé, on était censé suivre le personnage de Sydney dont le frère a été emprisonné. Il a renversé, sous l’empire de l’alcool, un adolescent.

Alors oui, on suit Sydney, mais globalement c’est tout. Il y a des passages autour du frère ou de David, l’adolescent. Cependant, ces passages sont loin de constituer, à mon sens, le fil conducteur du livre.

J’ai davantage eu l’impression de lire la tranche de vie d’une adolescente que vraiment une intrigue autour d’un frère emprisonné et de l’adolescent handicapé par sa faute.

Le vrai résumé aurait dû être : après avoir changé de lycée, Sydney découvre une pizzeria et s’y fait des amis. Elle évite de rentrer chez elle où personne ne l’attend et où un mec parasite tente de s’incruster. Point. Il n’y avait pas vraiment davantage.

Par ailleurs, l’histoire essaie de se centrer autour du manque d’attention dont souffre Sydney dans sa famille. Cette intrigue est toutefois vide et tourne rapidement en rond. Les passages sont tous les mêmes et rien n’évolue réellement.

Un seul passage aurait suffit et raccourci le livre de beaucoup de fioriture. Au lieu de quoi, il y a énormément de répétition et rien n’avance.

A la fin du livre, je n’ai pas eu davantage l’impression que les parents se souciaient de leur cadette.

2. L’absence de timeline et d’explications

Le récit est très décousu et le rythme haché. On dirait que des chroniques de la vie de Sydney ont été apposées les unes à côtés des autres sans qu’il n’y ait une réelle temporalité.

Ce qui découd d’autant plus le récit, c’est l’absence de transition. On passe d’un passage à un autre sans qu’il n’y ait de réel lien entre les différentes chroniques.

Cela amène également un manque d’explication à l’histoire et on se retrouve avec des passages où les personnages ont évolués sans qu’on ne sache réellement comment.

Le lien entre Sydney et Peyton

Du jour au lendemain, Peyton se remet à parler à sa soeur. De son côté, elle se met à comprendre davantage son frère et à l’accepter tel qu’il est. Les réflexions de Sydney sur son frère change quasiment du tout au tout en une seule conversation.

Ces points auraient dû constituer le centre du récit. Comme ce n’est toutefois pas le cas, il y a un manque d’explication et de compréhension de comment les deux personnages parviennent à faire évoluer leur relation.

Ainsi, les passages avec Sydney et Peyton sont creux et incompréhensibles. J’aurais préféré avoir plus de passage entre eux afin de mieux comprendre leur cheminement. Leur relation se serait alors retissée de manière plus réaliste.

Le lien entre les parents et Âmes

De la même façon, les parents changent du jour au lendemain d’opinion sur Âmes (le parasite) sans que cela ne soit attendu. C’est juste… comme ça. Il passe de confident BFF de la mère à personne gênante et malaisante pour les parents. Il n’y a aucune explication en amont de comment ils en arrivent là.

De même, Âmes est censé être un ami du frère. Or, cela n’est jamais abordé. C’est dommage parce que je venais à douter de la réalité de cette amitié. L’autrice ne lève toutefois jamais le doute.

3. Le sauvetage de Sydney par son père

Dans la résolution de l’histoire, Sydney est agressée par Âmes. Son père la sort de cette situation.

Le père est quasiment absent du livre. Il n’apparait réellement que vers la fin pour sauver sa fille. On saluera le paternalisme de ce sauvetage. Il aurait été beaucoup plus judicieux que la mère soit la sauveuse de sa fille.

En effet, la mère est celle qui est constamment avec Âmes. Il lui sert de confident, elle lui confit sa fille. Lorsqu’il s’installe chez les parents, la mère veut finalement qu’il disparaisse de chez elle (sans qu’on ne sache pourquoi d’ailleurs).

Afin que le couperet de leur relation amicale tombe, que la mère soit confrontée au fait qu’elle a laissé tomber sa fille, il aurait été plus pertinent que le personnage de la mère sauve sa fille.

4. Le manque de développement du personnage de Layla

Layla aurait pu être un personnage très intéressant, moteur de messages positifs et pertinents. L’autrice aurait pu montrer que le couple n’est pas une fin en soi.

Il n’en a rien été : Layla retourne avec Eric, son ex-petit ami. Cela aurait été plus intéressant de voir un personnage célibataire à la fin (parce qu’ils finissent tous en couple).

Cet élément d’intrigue pose également un problème assez important sur la notion de consentement.

Dans l’intégralité du livre, l’autrice insiste sur le fait qu’Eric est toujours intéressé par Layla mais jamais le contraire.

Au contraire, Layla rejette à plusieurs reprises le jeune homme et tiens des propos négatifs à son encontre.

Or, ils finissent ensemble… Comme si le consentement de Layla n’avait pas d’importance.

Ce que sous-entend le livre, c’est que si une femme dit non, c’est qu’elle veut mais qu’elle ne le sait pas encore ou que c’est de la drague. Ce sous-entendu est très incorrect : non c’est non.

Le récit méprise donc le consentement du personnage de Layla pour ne faire valoir que celui d’Eric. Je suis vraiment opposée à la valorisation de ce genre de messages. Ils ne font que véhiculer des idées trop ancrées dans notre société et qui doivent changer.

Par ailleurs, le personnage de Spence aurait pu servir les intrigues liées à Layla mais il n’en a rien été. Il ne sert qu’à apparaitre à un moment donné pour que Sydney se fasse punir. Il y avait beaucoup à dire sur ce personnage qui utilise Layla comme une infirmière.

Le personnage de Layla est, en conclusion, sous-exploité. L’autrice aurait pu s’emparer de nombreuses idées positives à véhiculer mais tel n’a pas été le cas.

5. La fin

Tout est bien qui finit bien… sans qu’on sache comment on en est arrivé là ! L’épilogue aurait dû être le vrai récit, le déroulement de l’histoire.

D’autant que la résolution de l’histoire, avec la scène de l’hôpital, est une grosse facilité d’intrigue.

Sydney, au nom de son amitié, se précipite à l’hôpital et laisse une lettre déchirante à ses parents. Et là, paf ! La mère pardonne et oublie tout. Elle remarque à nouveau sa fille et se trouve un hobby. On en revient au manque de cohérence et d’explication sur les personnages. Tout arrive d’un coup, par hasard.

Mon avis sur les messages du livre

1. Le paternalisme et le sexisme

Il y a beaucoup de propos et comportements paternalistes dans ce récit. Ils ne sont jamais remis en cause et, parfois même, ils sont valorisés.

Par exemple, Layla demande à son frère et à son père (la mère apparait exclue de la discussion) de faire les livraisons avec Sydney pour la pizzeria.

Mac, le frère, accepte après négociation, l’idée de sa soeur. Il pose toutefois ses conditions : pas le soir, pas les quartiers qui “craignent” et qu’elle reste loin des gens.

Ce qui est problématique, c’est que ces interdictions ne sont pas fondés sur l’âge de Layla. Elles sont uniquement là parce que Layla est une femme.

En effet, Mac semble livrer des pizzas à toute heure du jour ou de la nuit depuis longtemps. Il est possible de supposer qu’il le faisait déjà à l’âge de sa soeur (qui n’a que deux ans de moins que lui).

De plus, les pères sont représentés par des travailleurs absents du domicile tandis que les mères sont des personnages fragilisés (mentalement ou physiquement) enfermées au domicile.

Ces deux détails participent à l’idée que la rue appartient aux hommes et le foyer… aux femmes. Layla et Sydney ne peuvent pas se déplacer quand elles veulent et où elles veulent. Quant aux mères, elles sont astreintes à rester au domicile et à prendre soin des autres.

L’importance que la mère accorde au bien-être de son frère en prison est vu comme négatif. C’est également vu comme un hobby qu’elle peut remplacer par une autre forme de soin.

En dehors de cette véhiculation d’idée sexiste, l’autrice stigmatise des quartiers en considérant qu’il y a des quartiers “qui craignent” et d’autres où ont peut vivre sans jamais n’avoir aucun problème. C’est une vision très réductrice et binaire.

2. Les propos déplacés de l’autrice

Il y a deux propos qui m’ont choquées dans ce livre, que j’ai trouvé très déplacés.

La grossophobie

Dans le récit, on apprend que Mac a été gros et qu’il a maigri. Sydney voit une photo de Mac plus jeune et dit qu’il est largement mieux maintenant. Cette histoire n’apporte rien à l’intrigue ou au personnage.

Ce sont juste des propos grossophobes gratuits de la part de l’autrice. Elle véhicule l’idée abjecte que quiconque s’en donne les moyens peut maigrir et doit maigrir pour être accepté.

Ces propos sont infondés : le corps humain ne fonctionne pas comme ça. On a tous une morphologie différente. Ce n’est pas un choix d’être gros ou maigre. On a le corps que l’on a et et ce n’est pas à nous d’en changer. C’est à la société d’accepter qu’il n’existe aucune norme de beauté ou de perfection.

Les propos sur les élèves qui suivent des cours de soutien

A plusieurs reprises, l’autrice utilise le terme “demeurés” pour parler d’eux. Elle insiste d’ailleurs bien sur le fait que son personnage principal n’a pas besoin de ces cours. Lorsque sa mère l’oblige à s’y rendre, il est souligné qu’elle est tellement “intelligente” qu’elle est affectée à l’accueil plutôt qu’aux cours.

Déjà, en termes de cohérence : qu’est devenue la personne qui faisait initialement l’accueil ?

Ensuite, ce qui est très agaçant dans ces propos, c’est qu’ils sous-entendent qu’il existerait des gens “bêtes” qui auraient besoin de cours et des gens “intelligents” qui n’en n’auraient jamais besoin. C’est idiot. Et c’est doublement idiot que prendre des cours de soutien ne doit JAMAIS être rabaissé.

Tout le monde, à un moment donné, a besoin d’aide, d’une explication. Certains ont besoin d’un ou deux cours, d’autres de plusieurs années de soutien. Par ailleurs, l’école, ce n’est pas de l’intelligence, ce sont uniquement des connaissances. Tout le monde est intelligent car les intelligences sont multiples.

En conclusion, j’ai été fortement déçue par le livre de Sarah Dessen. C’est une autrice dont j’avais envie de découvrir les livres, en ayant beaucoup entendu parler en bien.

Malheureusement, cela n’a pas du tout fonctionné pour moi.

 

Des lectures que j’ai vraiment appréciées en YA :

 

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