L’Ecole du bien et du mal

Agatha et Sophie vivent dans à Gavaldon, un village dont on ne peut pas partir, sauf si on est enlevé par le Grand Maître pour aller à l’Ecole du bien et du mal. Tous les quatre ans, deux jeunes disparaissent pendant la nuit et ne réapparaissent jamais. A chaque fois, un kidnappé est laid et l’autre beau. Les rumeurs courent que ces deux enfants sont envoyés dans un endroit pour être un(e) sorcier(e) ou un(e) prince(sse).

Sophie est persuadée qu’elle sera enlevée et deviendra une princesse. De son côté, Agatha, l’amie de Sophie, veut rester chez elle avec sa mère et son chat. Tout le monde, y compris sa mère, est toutefois convaincue qu’elle deviendra une sorcière.

Rien ne se passe comme prévu : Sophie est envoyée à l’Ecole du mal pour apprendre à être une sorcière et Agatha à l’Ecole du bien pour devenir princesse. L’une va apprendre à s’enlaidir, à attaquer les “gentils”, l’autre va apprendre les soins de beauté et à apprendre qu’un prince vienne la sauver.

Le premier tome de l’Ecole du bien et du mal est captivant et offre plusieurs degrés de lecture. On peut suivre les aventures de Sophie et Agatha comme un conte de fée mais on peut aussi y trouver plusieurs messages.

L’intrigue et les personnages

L’univers

L’univers de l’auteur est riche et très bien décrit. On retrouve tous les codes des contes de fées classiques, qu’ils appartiennent au merveilleux ou au cruel. Les descriptions sont légères et permettent de bien se représenter les scènes et les décors. Le dessin du château au début du livre aide beaucoup aussi.

Le récit est structuré de manière classique avec le schéma du héros. Cela ne retire rien aux intrigues puisque c’est un rappel implicite des contes de fée. Les péripéties sont haletantes et pleines de rebondissements.

L’univers pourrait être très manichéen mais le récit mais toutefois à mal l’intégralité de ce fonctionnement pour démontrer qu’il n’existe ni bien, ni mal, ni beau ni laid.

La suite est susceptible de contenir des spoilers

L’intrigue

Concernant l’intrigue, il n’y a pas d’énormes surprises dans le premier tome de l’Ecole du bien et du mal. On sait que Sophie ne sera pas envoyée à l’Ecole du bien, qu’Agatha est la némésis de Sophie, on se doute que Sophie va gagner l’épreuve du Conte.

Et pourtant, je suis restée suspendue aux lignes, incapables de lâcher le livre. La question qui se pose à chaque fois n’est pas “que va-t-il se passer” mais plutôt : “comment cela va-t-il se passer ? Comment les personnages vont réagir”.

Ce qui est beau et prenant dans le récit, c’est de voir éclore Sophie et Agatha. La première s’enferme de plus en plus dans son mal-être et rejette tout le monde. La seconde prend peu à peu confiance en elle mais conserve son cynisme et sa gentillesse.

On suit Sophie devenir, malgré elle, le Mal absolu et Agatha faire tout son possible pour aider son amie. Si l’une ne rêve que de rentrer dans l’Ecole du bien, à laquelle elle est persuadée d’appartenir, la seconde veut uniquement qu’elles parviennent à rentrer chez elle en vie.

Au-delà l’intrigue relative à Agatha et Sophie, il y a celle relative au monde qu’elle découvre. On apprend que des jumeaux régnaient sur les deux écoles, un pour le bien, un pour le mal et qu’à l’issue d’une guerre, l’un est mort sans que l’on sache lequel.

La fin dévoile l’identité du survivant. Si je m’y attendais, le dénouement de cette intrigue est surprenant et épique. Il permet également d’amorcer la résolution de l’intrigue relative à Sophie et Agatha.

Les personnages

Les personnages principaux sont Agatha et Sophie. L’École du bien et du mal trace également l’histoire de plusieurs autres protagonistes.

Dans l’École du bien, on retrouve Tedros et Béatrix et dans celle du mal, Herst Host et Dot. D’autres personnages sont très secondaires et peu mis en valeur, je ne les développerai donc pas.

Je trouve que l’auteur malgré son grand nombre de personnages, a bien su doser l’importance de chacun. Je n’ai pas senti un manque dans le développement des personnages ou bien que certains étaient trop peu mis en valeur par rapport à d’autres. J’aurais bien aimé voir davantage de scènes d’Agatha mais c’est plus parce que j’ai adoré le personnage que parce que le récit est lacunaire.

Agatha et Sophie

Mon personnage préféré est Agatha, elle est géniale, attentionnée et d’une extrême gentillesse. J’ai adoré le passage où elle dit à Sophie qu’elle lui a offert une grenouille morte pour qu’elle se rappelle de l’éphémérité de la vie.

Agatha est pleine de bonnes intentions et n’hésitent pas à prendre des risques pour les autres. Elle soutient Sophie envers et contre tout jusqu’à la fin du livre. Alors que tout le monde abandonne Sophie à son sort, c’est la seule qui ne lui tourne jamais le dos, peu importe à quel point elle devient mauvaise.

Le personnage de Sophie est détestable mais on ne peut que compatir pour elle. Son univers s’effondre, la vie qu’elle rêvait d’avoir lui est refusée, elle devient le Mal. Elle qui était persuadée d’être gentille, se percevait de la sorte parce qu’elle était jolie, doit faire face à la vérité : elle est finalement pas aussi gentille qu’elle ne le pensait.

C’est touchant de la voir persuadée que donner des cours de beauté est un acte de bienveillance envers les autres. On voit qu’elle a sa propre perception de la gentillesse. Alors certes, elle est égoïste, méchante avec Agatha et égocentrique mais elle n’en reste pas moins touchante.

En outre, si les défauts de Sophie et les qualités d’Agatha sont mis en exergue, l’une n’est pas dépourvues de qualité et l’autre de défaut. Le fait qu’Agatha insiste pour qu’elles rentrent à Gavaldon, même motivée par la sécurité de Sophie, n’en reste pas moins égoïste. Elle est également jugeante envers ses camarades de classe, en particulier Béatrix. A l’inverse, Sophie donne des cours de beauté sans que cela ne vienne d’un calcul de sa part. Si le geste est maladroit, cela part d’un bon sentiment.

Les personnages secondaires

Le récit montre les personnages de Dot, Hester et Host sous un jour assez positif. Comme Agatha, ils ont leur propre façon d’être gentils, sans s’en apercevoir.

Par exemple, au troisième cours, Dot plonge le visage de Sophie dans une mixture pour qu’elle n’échoue pas. De même, Hester décide, sans contrepartie, d’accueillir Agatha au bal de non-hiver.

Au contraire, Béatrix et Tedros sont imbus de leur personne et concentré sur leur image. Plus que méchants, ils sont totalement convaincue par les enseignements qu’ils ont toujours reçus.

Les messages du livre

La Beauté et la Laideur

Au début, je trouvais les choses un peu superficielles : les beaux sont nécessairement bons et les laids nécessairement mauvais. Pourtant, lorsque l’on creuse l’histoire, on s’aperçoit que ce n’est pas du tout le propos de l’auteur.

A travers ce récit, il y a le message que l’apparence ne détermine rien, que chacun est bon ou mauvais, que chacun fait de bonnes ou de mauvaises actions, que cela ne vient pas du physique.

Il y a deux choses dans ce message :

  • Personne n’est bon ou mauvais, tout le monde est humain. On associe trop facilement la différence à quelque chose de mauvais.
  • C’est en soi que l’on trouve la beauté : la scène où Agatha se sent belle alors qu’elle garde son apparence est pertinente. Elle montre que peu importe notre physique, si on se sent beau, c’est ainsi que les autres nous verrons.

Le message du récit glisse vers la ligne rouge lorsque les descriptions insistent sur les personnages qui ne prennent pas soin de leur physique. Il y a légèrement un sous-entendu disant que si on prend soin de soi, on sera beau. Ce point est peu explicité mais mélange tout de même beau/laid – prendre soin de soi/pas prendre soin de soi. C’est dommage car l’auteur s’éloigne de son message principal, à savoir : la beauté n’est pas de correspondre à une norme établie mais de s’accepter et d’être soi-même.

Après, certes, le but est certainement de montrer que si on s’aime, on prend soin de son apparence. J’espère toutefois que l’auteur ne glissera pas trop de ce côté dans le tome 2, ce qui dénigrerait son propos.

Les femmes ont-elles besoin d’un prince ?

Une dénonciation du sexisme et des comportements genrés ?

L’Ecole du bien est une école de princesses et de princes. Ils apprennent séparément : les filles à être belles et secourues, les garçons à se battre et secourir. Une telle logique est épouvantable mais l’auteur glisse plusieurs critiques de ce fonctionnement qui, implicitement, critique également notre société.

Il y a une critique du fait que les filles sont élevées dans l’idée d’être des princesses secourues et les garçons pour être des hommes virils.

Lorsque Tedros dit à Agatha “je suis un homme”, que donc elle doit l’écouter, le machisme est sous-entendu. Il l’est également lorsque Tedros considère que seule une sorcière peut “mettre à mal sa virilité”, à savoir le contredire.

De plus, alors que Tedros pense que son rôle est de sauver Agatha, celle-ci se sauve seule à plusieurs reprises, voire même le sauve dans l’épisode du Conte de fées. C’est également Agatha qui finit par sauver Sophie.

Le livre est également écrit de sorte à ce qu’on s’insurge contre les enseignements du bien et le sexisme véhiculé. Le fait que les passages soient du point de vue d’Agatha permet de bien insister sur le sexisme du monde du “bien”. Elle pointe sur celui-ci un regard critique bienvenu.

Il y a donc un parallèle avec la place des hommes et des femmes dans notre société, en particulier, avec les comportements que l’on nous véhiculent en fonction du genre de chacun. C’est très pertinent et bien écrit. Cette question sera certainement davantage abordée dans le deuxième livre de la saga intitulé “un monde sans prince”.

Les princesses avec les princes ?

Concernant la fin, j’étais persuadée qu’Agatha et Sophie finiraient ensemble. On a l’impression que l’auteur n’assume toutefois pas la relation créée. Il préfèrerait sous-entendre et conserver un livre hétéronormé dans lequel on ne peut être qu’avec un prince ou seulement amie avec une autre femme. La scène de fin n’est pas du tout de l’amitié, Sophie ne survit pas à un baiser d’amitié. De plus, cela aurait pu accentuer le parallèle de l’auteur dès lors que les princesses sont des femmes correspondant aux normes sociétales et les sorcières sont celles qui n’y correspondent pas.

Après, j’ai bon espoir que cela cache un message qui sera développé dans les prochains tomes. Peut-être cela sert-il justement à insister sur le caractère hétéronormée de la société ?


En conclusion, l’Ecole du bien et du mal est un récit captivant qui mérite qu’on s’y attarde. Je lirai le tome 2 pour connaitre la suite des aventures d’Agatha et Sophie.


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