L’école du bien et du mal : un Monde sans prince

Dans un Monde sans Prince, Sophie et Agatha reviennent à l’Ecole du bien et du Mal. Elles constatent toutefois que c’est devenue l’Ecole des filles et des garçons. Tout le monde a été reréparti selon son genre. Les filles apprennent alors à être elles-mêmes et à se défendre.

Je ne m’épancherai pas énormément sur Un Monde sans Prince qui m’a beaucoup déçue. Si on y retrouve l’univers du premier tome, il a perdu de sa splendeur. De plus le message de l’auteur est très sybilin et il est difficile de voir où il veut en venir et quels messages il veut vraiment délivrer.

Un livre long malgré de bons personnages

Le Scénario

Le livre est divisé en deux parties : la première qui est très contemplative, il ne s’y passe pas grand chose. Il y a beaucoup plus d’actions dans la seconde partie.

L’intégralité du livre est concentré sur le triangle amoureux Sophie/Tedros/Agatha sans que rien n’évolue réellement.

Agatha passe son temps à craindre que Sophie redevienne une sorcière. Sophie passe son temps à craindre qu’Agatha l’abandonne pour Tedros. Tedros passe son temps à vouloir tuer Sophie pour être Agatha. Tout tourne donc autour de… Tedros : le personnage le plus inutile du roman.

Les Personnages

Le personnage d’Agatha, qui était très intéressant et développé dans le premier tome, est beaucoup plus fade. De plus, son obsession pour Tedros rend le personnage illogique. En effet, le personnage d’Agatha est une anti-héroïne des contes de fées dont le but est d’en dénoncer le caractère stéréotypé. Or, à plusieurs reprises, elle se dit qu’en tant que princesse, elle a le droit à sa fin heureuse avec un prince.

La fin du livre est d’autant plus décevante qu’elle est classique car elle n’aboutit qu’à réformer un conte de fée classique : la princesse finit avec le prince.

Des messages peu explicités

La masculinité toxique

Ce livre contient un message intéressant sur la masculinité toxique et sur la place des hommes dans une société égalitaire.

Un Monde sans Prince est basé sur le fait que les hommes se sentent inutiles et ne trouvent plus leur place depuis que les femmes n’ont plus besoin d’être sauvée par un prince.

Tedros s’enferme alors dans une masculinité très toxique. Il ne jure que par la violence, crée un boy’s club et se lance dans une guerre contre les filles.

Un autre personnage est également mis en avant : Hort qui veut à tout pris être comme les autres mais est constamment rejeté car il ne correspond pas à la norme.

Cependant,  lorsque Sophie se transforme en homme. Elle se surprend à changer de comportement magiquement. Par exemple, alors qu’elle déteste la viande, elle se jette dessus au cours du repas. Cela ne fait véhiculer l’idée d’une société genrée.

Partir du principe que les hommes et les femmes ont des comportements naturellement différents car innés biaisent inévitablement le propos du livre. Les femmes et les hommes n’ont aucunes qualités innées.

De plus, dans un passage du livre, Agatha rejoint Tedros. Sophie la suit et attaque le jeune homme. Agatha pense alors que Tedros l’a attaquée et refuse de l’embrasser pour mettre fin au conte. Cela renverse entièrement le message de l’auteur : l’homme est victime de la méchante sorcière qui se met entre elle et sa bien-aimée.

Par ailleurs, l’auteur ne va pas assez loin dans son raisonnement. Certes, Tedros réussi et évolue en adoptant un comportement non tocique. Ce point n’est pas suffisamment explicité et mis en avant. L’enseignement qu’on aurait pu tirer de ce livre sur la masculinité toxique est totalement noyé.

La fin n’aide pas davantage car elle ne remet pas en question quoique ce soit. Tout le livre pose la question de la place de l’homme par rapport aux femmes dans une société égalitaire. Or, à la fin, Agatha finit avec Tedros et la société redevient telle qu’elle était.

Enfin, le personnage de la Doyenne est le stéréotype cliché de la féministe et ne fait que véhiculer une idée fausse des mouvements féministes.

Un Monde sans prince tient-il des propos homophobes ?

Vers la fin du récit, Sophie s’est métamorphosée en garçon pour investir leur école. Elle partage la cellule de Tedros. A plusieurs moments, Sophie se surprend à penser que le jeune homme flirte avec elle. Elle se reprend en se disant que ce ne peut pas être le cas elle est grimée en homme.

De même, il est souligné (voir surligné, fluoré, mis en gras et répété cent fois) que Sophie et Agatha ne sont qu’amies, comme s’il ne fallait pas que le lecteur se méprise.

Ces deux passages prêtent à confusion sur le message véhiculé.

Soit l’auteur est ironique dans ses propos et souhaite souligner que la société est hétérocentrée. Dans ce cas, le message n’est pas suffisamment explicité et le lectorat visé de ce livre est trop jeune pour en comprendre l’ironie.

Soit l’auteur souhaite insister sur le caractère amical de Tedros et Sophie et Sophie et Agatha, afin qu’il n’y ait surtout pas méprise. Dans ce cas, le message du livre est homophobe car il prétendrait que les couples de même sexe n’existent tout simplement pas.


En conclusion, un Monde sans prince n’est pas à la hauteur du premier tome de cette série. Les messages de l’auteur sont beaucoup trop flous et manquent d’explications. Quant à la fin, elle est clairement décevante.


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