Le Matin de Neverworld de Marisha Pessl

Le Matin de Neverworld est un livre orienté fantastique, sorti le 22 septembre 2019 dans lequel on suit un groupe d’amis coincés entre la vie et la mort.

Un an après la mort de son petit ami, Jim, Béatrice retrouve son ancien groupe d’amis. En revenant d’une soirée, ils ont un accident de voiture. Ils se retrouvent tous dans Neverworld et doivent voter pour celui d’entre eux qui survivra. Le vote doit être unanime moins celui du survivant. Sinon, ils revivront la même journée. Encore une fois.

La suite contient des spoilers.

Une intrigue captivante

Le Matin de Neverworld m’a entièrement convaincue. Bien écrit et intriguant, on se plonge facilement dans Neverworld, en même temps que Béatrice. L’univers créé est complexe. L’idée d’un monde créé à partir de cinq esprits est créative et originale.

Béatrice se retrouve avec son ancien groupe d’amis, dont elle s’était séparée à la mort de son petit ami, Jim. Alors qu’ils rentrent d’une soirée, ils meurent et se retrouvent coincés à Neverworld, devant voter pour désigner le survivant.

Le pitch du livre est cruel mais très intelligent. J’ai trouvé cette idée excellente et judicieuse pour mettre en exergue le message de l’autrice.

Au début du récit, ils paniquent et vivent tous le Neverworld différemment avant de se regrouper pour élucider le mystère lié à la mort de Jim. J’ai beaucoup apprécié la découverte des personnages du point de vue de Béatrice.

Les indices sont dispersés au fur et à mesure, l’autrice nous mène sur des fausses pistes, teste notre capacité à préjuger. Lorsqu’on découvre des mystérieuses sommes d’argent versées par les Mason, on pense à un enfant illégitime. On découvre alors, en même temps que Béatrice, que cela n’a rien à voir avec ça.

De même, si on s’attend à ce que Béatrice soit celle qui survive et à la réaction de Martha, la résolution de la mort de Jim est entièrement inattendue.

La blanche brebis ne l’est pas autant que chacun le pensait. Elle est humaine, comme tous ses amis. Elle a son propre caractère, qui lui fait être attentionnée avec les autres, trait de caractère qui lui est parfois préjudiciable… jusqu’à ce que son instinct de survie se réveille.

Des personnages complexes

Des personnages développés

Les personnages ont tous une personnalité, une histoire, une façon d’être qui les rend reconnaissables mais également complexes. Ils ne sont pas bons ou mauvais, ils sont humains, dans tout ce que cela peut représenter. On apprend à connaitre autant leurs points positifs que leurs failles, autant leur succès que leurs échecs. On apprend leurs choix immoraux tout en apprenant également à les comprendre.

Ce que j’ai également apprécié, c’est que les personnages sont entiers. Ils n’ont pas de qualité ou de défaut, ils ont des traits de personnalité qui sont exploités positivement ou négativement.

Par exemple, Cannon est attentionnée et généreux. C’est positif lorsqu’il aide Kippling à entrer en centre de soins psychiatriques, cela se transforme en défaut lorsqu’il pirate le système informatique du lycée pour lui permettre de tricher.

Le personnage de Martha

C’est avec le personnage de Martha que j’ai trouvé que cette mise en place de traits de personnalité était le plus intelligemment menée. Martha est sans aucun doute le personnage auquel je me suis attachée dès le début. Sérieuse, observatrice et intelligente, elle sait menée les choses là où elle veut les amener.

Elle manipule mais loin d’être un défaut, l’autrice en a fait une qualité. Couplée à sa capacité d’observation et son altruisme, le caractère manipulateur de Martha se transforme en stratège pour sauver Béatrice.

Martha est également un personnage curieux et pragmatique. Elle n’a pas peur de la mort. Béatrice lui a offert la chance de pouvoir vivre une première fois, en organisant tout pour qu’elle survive, elle lui rend l’appareil de connaitre le prix d’être passé à côté de la mort et d’y avoir réchappé. Martha est un personnage positif et bienveillant.

La découverte des autres personnages

Tous les personnages sont attachants par leur humanité. On ne peut que compatir avec Kippling qui a fait de son mieux pour survivre avec une mère toxique ou avec Cannon qui a une volonté de tout arranger qui le dépasse. Whitley est craintive de perdre ses amis, de perdre l’image que chacun a d’elle.

Quant à Béatrice, on la découvre peu à peu même si on ne sait d’elle que ce qu’elle veut bien nous dire. C’est tout l’intérêt de ce roman, de montrer qu’il y a l’apparence et la réalité et que, parfois, l’apparence converge avec la réalité de chacun. Chacun a sa propre représentation et sa propre réalité, personne n’a l’image entière. Pas même le lecteur.

Béatrice nous livre son point de vue sur ses amis, l’amour qu’elle a pour eux mais reconnaissant des failles à chacun. Elle illustre bien leur toxicité et l’impact autant positif que négatif qu’ils ont pu avoir sur elle par le passé, impact dont elle a voulu se libérer en s’éloignant d’eux.

Et, là encore, pour la mort de Jim, elle ne révèle que son point de vue, sa façon d’avoir observé la scène, d’avoir hésité quelques secondes de trop, son sentiment de culpabilité de l’avoir peut-être précipité sous les roues de Cannon.

Le choix de la première personne sert entièrement le récit. Cela permet de découvrir chaque personnage à travers un seul regard et, ainsi, délivrer un message intéressant sur l’apparence.

Le matin de Neverworld et l’apparence

J’ai trouvé que ce livre avait un peu l’esprit du film Citizen Kane dans son message. En effet, on découvre Jim à travers l’intrigue liée à sa mort. Chaque personnage a un point de vue sur lui et plus on le découvre, plus on apprend que personne ne le connaissait entièrement.

A l’inverse, Béatrice apprend également à connaitre ses amis, réalisant qu’elle n’en sait pas autant sur eux qu’elle le pensait.

De l’apparence d’autrui

Il y a une réflexion sur autrui et l’apparence qui est profonde. Personne ne connait jamais vrai les autres. Chacun se fait une idée subjective d’autrui, en fonction de la facette que la personne veut bien partager mais également des préjugés qu’il a.

Par exemple, Béatrice avait une appréciation faussée de Martha. Elle était persuadée qu’elle était jalouse d’elle et sa relation avec Jim. Aucun ne savait que Whitley était dealeuse car elle ne correspondait pas à l’image que l’on peut se faire des dealers, alors que c’était celle qui avait le plus de facilité pour s’en procurer.

De même, Kippling avait partagé sur sa mère mais ce que ses amis apprenne dépasse ce qu’il a déjà pu confier. Et même dans le Neverworld, Béatrice n’a pas tout appris d’eux puisqu’elle en apprend encore après.

Ce livre montre donc qu’il y a l’apparence, ce que la personne partage et qui elle est vraiment. En fonction des personnes, tout le monde aura un avis différent et chacun montrera un visage différent. Chacun est différent dans les yeux d’autrui.

De même, on découvre l’illusion derrière la vie parfaite de Jim, l’illusion que tiennent à maintenir ses parents au point de cacher à leur fils qu’il a tué quelqu’un.

L’apparence et la mort

Le livre conclu en révélant que c’est aux portes de la mort que l’illusion disparaît. L’apparence et la mort sont entièrement liées dans ce récit. La mort d’une enfant est ce qui a rompu l’illusion de la vie de Jim.

La mort de Jim est ce qui a révélé Béatrice, Cannon et Kippling. Comment pouvait-on s’imaginer qu’une personne aussi gentille et attentionnée que Béatrice pourrait hésiter à aider Jim ?

Son instinct de survie, sa volonté de ne plus être sous son emprise ce dont elle était capable pour elle-même, pour s’en sortir. C’est tout cela qui l’a fait hésité, qui l’a fait se révéler qui elle était. Car tout est lié, la proximité de la mort est lié à l’apparence : c’est confronté à la mort que chaque personnage révèle qui il est vraiment.

Cannon, si dévoué aux autres, n’hésite pas à cacher le corps d’un de ses amis. Et, Kippling n’hésite pas à le soutenir et l’aider.

Whitley trahi Béatrice en essayant de se débarrasser d’elle lorsqu’il tente de rejoindre l’île grecque où séjourne les Mason. Au contraire, Cannon s’enfuit à ce moment-là pour éviter que ses amis ne découvre qu’il a tué Jim. Et, lorsque Béatrice le retrouve, il n’hésite pas à la tuer pendant plusieurs veillées, pour maintenir cette image parfaite qu’il a de lui-même.

Finalement, que ce cache-t-il derrière l’apparence de perfection pourrait être le sous-titre du livre.

C’est aux portes de la mort que Béatrice a également découvert qui était réellement Martha. Elle qui la pensait manipulatrice pour s’en sortir, découvre qu’elle a fait tout ça pour elle.

En conclusion, le Matin de Neverworld une excellente lecture, que j’ai adoré. L’histoire est addictive, les personnages intrigants et réalistes. Le message du livre est intéressant, bien amené et réfléchi. Il y a une réelle intelligence d’écriture dans ce livre, tous les détails sont savamment pensé. Par exemple, la temporalité n’existe plus, perdants les personnages et le lecteur dans les méandres du Neverworld.

Notation 9

 

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