L’Asperge de Sarah Morant

Alizée et Blaise sont jumeaux. Elle est née avec le syndrome d’Asperger, il est né neurotypique. Après qu’elle ait été harcelée dans leur lycée, leurs parents décident de déménager et de les inscrire dans un nouveau lycée. Ils y rencontrent de nouvelles personnes, dont Zach, à qui Alizée va donner des cours de mathématiques. Pour Alizée, cette entrée dans un nouveau lycée est une nouvelle épreuve. Après avoir perdu confiance en elle à cause de son harcèlement, elle doit réutiliser les post-it que lui faisaient ses parents pour comprendre et gérer les interactions sociales.

Le syndrome d’Asperger et la bienveillance du récit

Sarah Morant, l’autrice du livre, met en avant l’autisme Asperger au féminin, qui est moins représenté que l’autisme Asperger masculin. Le récit se concentre sur la caractéristique principale du syndrome d’Asperger : les difficultés de communication et d’interactions sociales.

Je ne m’avancerai pas sur la bonne ou mauvaise représentation de l’autisme Asperger dans ce livre. Je n’ai pas les connaissances suffisantes sur le sujet pour cela.

J’ai toutefois trouvé que les caractéristiques de l’autisme qui sont mis en avant font très documentation. A plusieurs reprises, il y a des explications sur ce qu’Alizée peut penser ou comprendre qui tiennent un peu de la récitation de documents.

Ce livre est écrit avec beaucoup de bienveillance et une volonté de bien faire. On sent qu’elle s’est documentée avant d’écrire mais cela se retrouve un peu trop dans le récit.

Cela donne quelque peu l’impression que l’autrice a essayé de transposer son propre point de vue sans s’avancer sur un sujet qu’elle ne connait pas intrinsèquement. Sur le principe, j’ai trouvé cela plutôt positif et bienvenue. Pour autant, c’est dommage que l’on sente qu’elle ne parvient pas à se mettre à la place d’Alizée, à imaginer ce que le quotidien d’un autiste asperger peut être.

De plus, le récit, il y a une volonté de montrer qu’Alizée a de l’empathie, contrairement aux idées véhiculées sur les autistes. Cependant, ce qui est inexact, c’est de partir du postulat qu’être autiste asperger est manquer d’empathie. En réalité, les aspergers peuvent ne pas reconnaitre les émotions d’autrui et savoir y répondre. Ils peuvent toutefois ressentir et partager les émotions d’autrui. Cette nuance n’est pas retrouvée dans L’Asperge.

Parfois, Alizée parait légèrement robotique dans son rapport aux autres. Cela m’a un peu dérangée, notamment dans le passage avec Capucine. L’autrice illustre bien la qualité d’écoute d’Alizée mais il y a peu de développement sur son empathie dans ce passage.

Le récit illustre en revanche la difficulté pour Alizée de savoir comment réagir aux émotions des autres et l’adaptabilité dont elle doit faire preuve.

A plusieurs reprises, lorsque Zach ou Blaise va mal, elle se dit qu’elle doit faire telle ou telle chose car ils le font pour elle. A mon sens, la représentation est plutôt bonne sur ce point. J’aurais cependant apprécié que l’idée des post-il soit plus exploité. Ils permettaient de bien illustrer que de nombreux comportements sociaux ne sont pas innés chez Alizée et qu’elle ne sait toujours pas comment s’adresser aux autres.

Par ailleurs, le choix des mathématiques comme intérêt spécifique est stéréotypé, de même le fait qu’elle puisse comprendre les cours de médecine de son frère. En effet, il conforte l’idée selon laquelle être autiste asperger, c’est nécessairement avoir un QI à haut potentiel. C’est inexact. On peut être autiste asperger et avoir un QI considéré comme normal.

En conclusion de ce point, je dirai que l’autrice, même en essayant de bien faire, conforte de nombreuses idées reçues sur les autistes asperger.

Le couvisme exacerbé de Blaise et Zach

Alizée est presque constamment représentée d’un point de vue externe et, particulièrement, par le biais de Zach et Blaise. Le choix de ce point de vue crée un couvisme exacerbé d’Alizée par ces deux personnages. Si cela peut être compris pour celui de Blaise, qui est son jumeau, c’est un peu moins compréhensible pour Zach.

Blaise et Alizée

La relation de Blaise et Alizée est fusionnelle. J’ai beaucoup aimé leur relation et leurs interactions.

Le personnage de Blaise est un beau personnage par sa positivité mais aussi sa fragilité. Il est rare de voir un personnage masculin en YA qui ne soit pas toxique ou dans le cliché viril.

Blaise assume ses faiblesses, ses peurs, c’est un personnage que l’on voit pleurer, aimer.

Par ailleurs, la relation est également très bien représentée du côté d’Alizée. On voit à quel point elle tiens à son frère et le souci qu’elle se fait pour lui. J’aurais d’ailleurs bien aimé qu’à la fin on assiste à plus de scène entre eux lorsque Blaise s’ouvre à elle sur les difficultés qu’il a en fac de médecine.

Alizée et Zach

Pour Zach, le but est sûrement de montrer le caractère attentionné de Zach et le fait qu’il tient à elle. Cependant, dans certains passages, on a l’impression qu’Alizée ne se définit que par son autisme, ce qui m’a beaucoup dérangée.

J’ai eu également beaucoup de mal avec le caractère un peu patriarcal des choses : Blaise donne le relai à Zach pour s’occuper de sa soeur. Ce point est exacerbé par l’interdiction que pose Blaise à Zach de sortir avec sa soeur.

J’aurais préféré qu’on suive Alizée, qu’on la voit se débrouiller seule plutôt que de la réduire à une personne quasi dépendante de son frère puis de Zach.

On sent la bonne intention de l’autrice derrière tout cela et, parfois, elle arrive à montrer qu’Alizée s’en sort seule. Cependant, à la lecture du livre, on a légèrement l’impression qu’être autiste Asperger, c’est d’être constamment accompagné par quelqu’un qui comprend et gère les choses. Ce qui est entièrement faux.

J’aurais bien aimé que l’amitié Capucine/Alizée soit plus développée. L’un des meilleurs passages est d’ailleurs celui où Capucine se confie à Alizée sur son avortement. Il est dommage que ce rapprochement n’est pas abouti à davantage de passages.

La romance

Je n’ai pas vraiment apprécié la romance.

Il y a un parallèle entre le passé d’Alizée et son présent. En effet, dans son ancien lycée, un garçon voulait sortir avec elle. Dans le présent, Zach est amoureux d’elle.

Ce parallèle est intéressant car il montre bien la difficulté que pose les sous-entendu et la drague à une personne autiste : une incompréhension des signaux envoyés. Dans les deux cas, les conséquences sont différentes. Alex s’enferme dans son orgueil. De son côté, Zach prend le temps d’apprendre à connaître Alizée et de lui montrer ce qu’il ressent.

Alizée ne comprend ni Alex, ni Zach, elle est juste convaincue qu’ils veulent être ses amis.

Au-delà du parallèle, la romance est très clichée : de la moto au bal de promo en passant par tous les gens autour d’eux qui s’en rendent compte… Je n’ai pas aimé ce côté un peu “conte de fée” et irréaliste.

Par ailleurs, si on se rend rapidement compte que Zach est amoureux d’Alizée, il n’y a que peu de mentions des sentiments de la jeune femme pour lui. Cela m’a gênée dans ma lecture car le consentement d’Alizée et ses sentiments pour Zach son absent du récit. On sent qu’elle l’apprécie en tant qu’ami mais pas vraiment en tant qu’amoureux. La seule illustration qu’utilise le récit, c’est la jalousie qu’elle ressent quand Zach passe du temps avec d’autres femmes. A mon sens, la jalousie n’est pas une bonne représentation des sentiments.

Le sujet du harcèlement

Le traitement du sujet du harcèlement, et surtout de ses conséquences, est vraiment bien abordé. On a deux cas :

  • celui d’Alizée avant qu’elle ne déménage
  • celui de Pam, la soeur de Zach, au cours du récit

L’autrice a pris soin de montrer que le harcèlement pouvait être physique mais également moral et que, dans les deux cas, il y avait des conséquences sur la confiance en soi.

Le harcèlement de Pam

Les conséquences sur Pam sont sa volonté constante de se transformer en quelqu’un qu’elle n’est pas, de s’habiller d’une façon qui ne lui ressemble pas. Après, les commentaires de son frère sur son apparence sont quand même déplacés. Certes, l’intérêt est de montrer que Pam essaie de se transformer en quelqu’un d’autre mais après, si c’était vraiment l’apparence qu’elle voulait avoir, ce n’est pas à son frère d’en juger.

Le harcèlement d’Alizée

Les conséquences sur Alizée sont différentes : difficulté de réintégration, de faire de nouveaux confiance aux autres, etc. Le récit montre avec pertinence que le harcèlement scolaire a beaucoup de conséquences néfastes mais que le fait qu’Alizée soit autiste crée d’autres conséquences encore.

Lorsqu’elle arrive dans son nouveau lycée, Alizée a du mal à faire confiance aux autres, à s’intégrer sans l’aide de son frère. L’histoire des post-it n’est d’ailleurs abordée que par rapport au harcèlement subi par Alizée. C’est parce qu’elle a perdu confiance en elle et en sa capacité à s’intégrer aux autres qu’elle s’y réfère.

Même si les post-it ne sont pas suffisamment mis en avant dans le récit, on sent leur importance. On sent qu’au-delà de ce qui est écrit dessus, c’est leur côté rassurant et réconfortant qui importe à Alizée dans le livre.

Enfin, le passage entre Pam et Alizée, où cette dernière se confie à la soeur de Zach est très beau. On a l’impression qu’Alizée joue le rôle de soeur ainée auprès de Pam, qu’elle la guide sur “comment s’en sortir après un harcèlement scolaire”.


En conclusion, L’Asperge est un roman facile à lire, écrit avec beaucoup de bienveillance, dont les personnages sont plutôt positifs et bien développés.  L’autrice a choisi de mettre en avant un sujet rare : l’asperger au féminin et on sent qu’elle s’est documentée dessus. En revanche, j’ai moins apprécié la relation Alizée/Zach.


 


 

 

 

 

 

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