La malédiction des Swan Sisters de Shea Ernshaw

Penny vit sur une ile où, il y a deux-cent ans, un évènement terrible a eu lieu. Les villageois ont noyés trois femmes, les Swan Sisters. Ils les ont accusé de sorcellerie car elles avaient des relations avec de nombreux hommes, notamment mariés. Chaque année, du 1 au 21 juin, elles prennent possession du corps de trois femmes et noient des hommes dans la mer qui borde l’île, pour se venger.

Cette année-là, Penny rencontre Bo, un homme qui arrive pour la première fois sur l’île et y cherche du travail.

Je m’attendais à une histoire prônant un message féministe sur la méfiance vis-à-vis des femmes qui ne correspondent pas aux normes sociales. Il n’en a rien été. La Malédiction des Swan Sisters est une romance légèrement sexiste. En dehors de ce point, c’est un livre qui se lit rapidement, l’atmosphère est oppressante et bien écrite.

La suite contient des spoilers.

Les personnages

Les Soeurs Swan

Marguerite, Aurora et Hazel sont les trois Swan Sisters. Le récit narre les évènements qui se sont déroulés lorsqu’elles sont arrivées sur l’île. Elles apparaissent ensuite sous les traits de trois habitantes de l’île, dont elles ont volés les corps pour les premières semaines de juin. Marguerite et Aurora sont très diabolisées, contrairement à Hazel. Ce que j’ai trouvé bien écrit, c’est la pression qui monte peu à peu, au fur et à mesure des chapitres consacrés au passé des soeurs.

Penny

Penny est un personnage sans réelle personnalité. Elle ne fait rien, ne donne son avis sur rien et attend que le temps passe. Son existence ne prend sens que le jour où Bo entre dans sa vie, comme s’il lui fallait un homme pour découvrir l’existence.

Lorsqu’on apprend, à la moitié du livre, qu’Hazel Swan a pris possession du corps de Penny, c’est attendu mais, en même temps, pas très bien amené.

Le livre est écrit à la première personne et pourtant, le ton ne change jamais. Il reste monotone et mélancolique. Penny et Hazel ne se distinguent jamais dans la narration. C’est gênant car on a l’impression qu’il s’agit du même personnage.

Penny n’est pas suffisamment développée et Hazel ne l’est pas davantage. Elle reste passive pendant les trois-quart du livre sur les évènements qui se déroulent.

Hazel/Penny ne commence à réagir uniquement lorsque Bo compte tuer Aurora, la deuxième soeur. A partir de ce moment-là, elle se dit qu’il faudrait éventuellement trouver une solution.

Bo

Bo est un personnage détestable, convaincu de savoir tout mieux que tout le monde alors qu’il vient de poser le peton sur l’île. Il est caractériel, impose son point de vue et animé que de vengeance. Quant à la romance entre Penny/Hazel et Bo, elle est vraiment mièvre et irréalistes.

Les Swan sisters : ces diaboliques sorcières qui tuent ces pauvres hommes

Les Swan sisters ont été accusées de sorcellerie puis noyées par les habitants de l’île car elles séduisaient les hommes. Depuis, elles reviennent se venger pendant les vingt-un premiers jour de juin. Elles noient des hommes en les ensorcelant.

A la fin du récit, on apprend que seules Marguerite et Aurora séduisaient les hommes par le passé. Hazel, au contraire, est uniquement tombée amoureuse d’un seul. Cet homme était le fils du gardien du phare qui, ensuite les a noyées en apprenant la relation de son fils et Hazel.

La scène du “jugement” est cruelle est décrit une réelle injustice. Cependant, la scène ne décrit pas l’injustice parce que Marguerite et Aurora ne sont pas plus coupables que leur soeur. Elle est injuste car Hazel est tombée amoureuse et n’est donc qu’une victime. C’est ce qui m’a dérangée dans la lecture de cette scène, l’injustice de la mort des deux autres est peu mises en avant.

Et l’amour les ramènera sur le bon chemin…

Deux cent ans plus tard, Hazel décide d’arrêter de noyer des hommes car… elle a trouvé l’amour ! Elle est donc devenue une femme complète et accomplie (ironie) en trouvant l’Amour de sa vie (qui n’avait pas de sens avant du coup – ironie) et donc c’est bon, elle arrête de jouer.

Quel horrible dénouement ! Cela signifie implicitement : les femmes qui préfèrent rester célibataires sont maléfiques mais SURTOUT ne vous inquiétez pas, elles trouveront l’amour (avec un homme, hein – ironie) et tout ira mieux.

Ce qui est rapidement oublié dans le livre c’est qu’on les a noyé parce qu’elles étaient différentes. A aucun moment dans le livre le sort de Marguerite et Aurora n’est vraiment abordé comme étant injuste car elles ne correspondaient pas aux normes sociales.

Les hommes, ces malheureuses victimes

Dans ce livre, on a l’impression que les hommes ne sont que des victimes de femmes qui jouent de leur physique pour les attirer.

Jamais les hommes ne sont remis en question dans ce livre. Jamais il n’est mis en exergue que quand même, trois femmes ont été noyées parce qu’elles avaient eu plusieurs partenaires.

Il y avait une réelle possibilité avec une telle histoire et ces personnages pour discuter de la normativité de la société.

Quant à Bo et Lons, l’un veut tuer les soeurs pour venger son frère, l’autre en kidnappe une. Leur comportement n’est jamais vraiment remis en question. Il est au contraire souligné que Hazel/Penny les comprend. 

Certes, le personnage de Rose juge que c’est cruel que Lons enferme Gigi. Cependant, il est bien précisé qu’elle le pense uniquement parce que c’est son amie et qu’elle est gentille. Comme s’il fallait justifier qu’on puisse penser que c’est cruel de kidnapper une femme juste parce qu’on la suspecte d’être une sorcière.

Penny ou l’existence n’a de sens que lorsqu’un homme est dans la place

Penny vit tristement seule avec sa mère depuis la disparition du père. La mère ne s’en est jamais remise et hère comme un fantôme sur l’île. Penny est torturée et malheureuse. Mais tout change lorsque Bo arrive.

De même, Penny semble ne pas pouvoir réfléchir par elle-même et Bo essaie de lui imposer sa vision des choses. Il est arrivé sur l’île depuis deux jours et veut absolument tuer les sorcières. Il est convaincu d’être l’homme de la situation.

Penny ne veut rien faire et attend que Bo vienne à son secours. Elle ne fait que lui dire, pas avec beaucoup de conviction, que ce n’est pas bien de vouloir tuer les sorcières.

Elle finit par se sacrifier pour ramener la paix sur l’île. Ce n’est cependant qu’à la toute fin qu’elle prend enfin position et uniquement pour les beaux yeux de l’Amour…

Conclusion

En conclusion, un livre qui avait du potentiel, qui a une réelle ambiance mais qui malheureusement a un message légèrement sexiste qui gâche tout.

 

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