Brexit Romance – Clémentine Beauvais

Autrice : Clémentine Beauvais

Edition : Sarbacane

Au lendemain du vote sur le Brexit, Justine, jeune britannique, décide de créer une société spécialisée dans l’organisation de mariage entre français et britannique.

Son objectif est de permettre aux deux conjoints d’obtenir la nationalité de l’autre. Elle met donc des personnes en relation pour qu’ils réalisent un mariage blanc.

Marguerite, chanteuse lyrique et Pierre, son précepteur, se retrouvent embarqués dans cette folle histoire.

La première fois que j’ai lu Brexit Romance, je rentrais de vacances en Ecosse. Je l’avais donc achetée, nostalgique de cette magnifique région britannique. Le mot romance dans le titre m’avais un peu effrayée. J’avais craint un livre à l’eau de rose mièvre, sexiste et cliché. Tel n’a pas été le cas. Clémentine Beauvais a écrit une pépite, un pavé de 516 pages qui se lit rapidement. Elle nous embarque par sa plume pertinente et ses personnages réalistes.

La suite est susceptible de contenir des spoilers.

 

L’intrigue

Dans Brexit Romance, on suit majoritairement Justine, Pierre et Marguerite dans leurs péripéties. D’autres personnages gravitent autour d’eux mais ne sont pas aussi fréquemment mis en lumière. Il n’y a pas véritablement de suspens car ce n’est pas le but du livre. Il s’agit davantage de suivre ces trois personnages et de comprendre peu à peu les enjeux de la société dans laquelle ils évoluent.

Le tout se concentre autour de la start-up de Justine. On suit les personnages, toujours par rapport à cette question de mariage blanc. Les questions relatives au Brexit, et notamment la position anti-Brexit de Justine, se greffe autour de ce projet.

Certaines choses sont très attendues, notamment l’intrigue relative à la musique que veut chanter Marguerite. D’autres en revanche sont surprenantes, en particulier concernant la start-up de Justine qui connait un rebondissement inattendue dans la quatrième partie.

 

Les personnages

J’ai particulièrement apprécié le personnage de Justine. Elle est motivée, volontaire, a énormément de réflexions et de luminosité. Elle incarne à la perfection la jeunesse connectée et étudiante, sans tomber dans le cliché. Cela apporte une réflexion intéressante sur le rapport aux réseaux sociaux et le besoin constant de connexion.

Un exemple pour illustrer les messages de ce livre à travers le personnage de Justine.

Lorsque Justine met en scène son petit déjeuner pour le poster sur ses réseaux sociaux. L’autrice illustre la dichotomie existante entre le monde réel et le monde virtuel, simulé, mis en scène.

On en revient à la question, dans ce passage : qu’est-ce qu’il se cache derrière une apparence ?

Le personnage de Pierre, s’il est détestable, est également intéressant par son évolution. Toutes les remarques de Justine font mouches dans son esprit. Au fur et à mesure, il réfléchit à son comportement.

Le personnage de Marguerite est très bien construit, en particulier parce qu’il fait écho à celui de Cosmo. Cosmo est le fils du représentant du parti d’extrême droite anglais. Elle souhaite sortir de ses origines défavorisées. Il ne tente même pas de s’enfuir du monde aristocratique étriqué dans lequel il ne peut pas être lui-même. Ils se trouvent donc dans deux situations opposées et évoluent en parallèle l’un de l’autre. 

Ce qui est également beau dans le personnage de Marguerite, c’est son innocence et sa volonté de tout découvrir. Son caractère butée et fière s’affirment au fur et à mesure du récit mais loin de la rendre agaçante. Cela la rend humaine et adolescente. Elle apprend à se forger une opinion par elle-même, à grandir, à prendre ses propres décisions.

Cosmo n’est pas un personnage très moral. En revanche, il est très touchant, notamment dans la dernière partie du livre. En effet, on découvre ce qu’il s’efforce de cacher avec beaucoup de souffrance. Les échanges entre Marguerite et Cosmo dans ces passages sont beaux et plein d’émotion.

 

Le thème central de l’histoire

Clémentine Beauvais dépeint la société britannique à un moment-clé de son histoire : après le vote pour le Brexit. Elle illustre son propos avec deux mondes : celui de  l’extrême droite britannique et la génération Y/Millenials.

Qu’est-ce qui cimente ce livre ? Comment se fait-il qu’avec un aussi large champ, le récit ne soit pas complètement éparse ?

Je pense que cela tiens au concept choisi par l’autrice. En effet, j’ai l’impression que la question sous-jacente du livre est : que se cache-t-il derrière une image ? L’autrice aborderait le sujet de l’apparence derrière celui du Brexit.

Qu’est-ce qu’il se cache derrière la perfection de la jeunesse connectée ? Qu’est-ce qu’il se cache derrière leurs arguments anti-Brexit ? Et, au contraire, que se cache-t-il derrière les pro-Brexit ? Derrière cette aristocratie dorée ? Et, finalement, que se cache-t-il derrière Mariage Pluvieux, la société de Justine ?

Marguerite et Justine, au début, sont floués par une image. Puis, elles sont peu à peu désillusionnées. C’est d’autant plus flagrant avec Marguerite. Lorsqu’elle se retrouve dans le Yorkshire, elle fait face à la réalité derrière les belles images de l’aristocratie britannique.

Pour Justine, on ne voit la désillusion que dans la quatrième partie du livre : lorsqu’elle se retrouve au nord de Londres puis qu’elle est poursuivie en justice.

Clémentine Beauvais montre que sous les couches du débat qui s’est joué, en Europe on a cru voir s’opposer la vision extrémiste et xénophobe, à la vision ouverte et pro-Europe.

En réalité, le vrai débat se jouait avec ceux qui vivent au quotidien la réalité. C’est eux qui subissent à la fois le Londres où tout semble se passer et à la fois les messages pailletées des extrémistes, qui promettent un monde meilleur une fois les frontières hermétiquement fermés.

 

La désillusion de Marguerite

Le talent de Clémentine Beauvais se révèle particulièrement sur les passages relatifs à Marguerite dans le Yorkshire. L’univers évolue avec Marguerite. Plus la jeune femme est désillusionnée par ce monde qu’elle pensait parfait, plus la maison paraît hostile. Elle s’aperçoit que si tout parait somptueux et doux, il n’en est rien.

En effet, Marguerite commence à être gênée par le racisme et l’homophobie de ses hôtes. Elle se persuade qu’il y a un fantôme, il y a de moins en moins de description du mobilier ou des vêtements parfaits. Tout se transforme peu à peu en un monde de ronces. Elle s’aperçoit alors que derrière la perfection dans laquelle semblait vivre Cosmo, se cache en réalité le rejet des autres, de la différence et l’étouffement.

C’est très intéressant car au lieu de s’attaquer aux propos des partis d’extrême droite, l’autrice s’intéresse davantage à l’impression que ces propos donnent : que ça ira mieux.

Il y a un vrai parallèle à faire entre les propos tenus par ces partis et le monde que décrit Clémentine Beauvais.Tout en finesse, on s’aperçoit que comme le monde dans lequel ils vivent, derrière les propos se cachent en réalité d’autres problèmes. Le lecteur s’aperçoit que les jolis promesses n’aboutiront jamais qu’à un monde pire que celui que l’on connait actuellement.

 

La désillusion de Justine

Du côté de Justine, c’est plus subtile, il y a davantage de messages à travers ce personnage. D’un côté, l’autrice, par les dialogues, essaient de faire passer des messages féministes.

D’un autre côté, la désillusion de Justine est double. D’une part, elle est désillusionnée par rapport à l’image que renvoie les réseaux sociaux. Et, d’autre part, il y a la désillusion du vote pro-Brexit, que ce ne sont pas que des xénophobes qui ont voté pour.

En effet, lorsqu’elle va avec Pierre dans le Nord, elle découvre la réalité : la fermeture des centres pour les femmes, la crise économique. Derrière les messages tolérants et ouverts de la jeunesse londonienne, il y a tout un monde qui souffre en silence, oublié et réel, qui subissent concrètement les choses. L’autrice illustre bien le sentiment de ces oubliés, qui par le vote du Brexit, ont tenté d’alerter leur gouvernement.

 

L’autrice ne jette l’opprobre sur personne, elle se contente juste de convaincre son lecteur comme elle convainc Justine et Marguerite. Elle montre qu’il y a un problème dans la société actuelle mais insiste sur le fait que la réponse n’est pas l’extrémisme et la fermeture sur soi.

Le féminisme

Au-delà du Brexit, l’autrice aborde le féminisme. Le personnage de Pierre est régulièrement accusé, par Justine, de paternalisme et de sexisme. Ce qui pertinent, c’est que Pierre n’est pas un cliché macho. Il est juste un homme qui a sous sa responsabilité une jeune femme et qui se définit comme de gauche. L’intelligence de l’autrice réside dans la démonstration du paternalisme latent accepté par notre société.

 

Le point juridique

Pour terminer, je souhaiterais faire un petit point juridique sur Brexit Romance. En effet, la question de la nationalité est sous-jacente à cette oeuvre. Or, il me paraissait important de rappeler les règles existantes. 

Justine décide de créer une start-up pour organiser des mariages franco-britanniques blancs. Le récit donne l’impression qu’au bout de cinq années de vie commune, les britanniques seront nécessairement français.

Si le livre a donc bien un défaut, c’est celui de laisser penser que l’acquisition de la nationalité est automatique.

En réalité, le code civil régit les conditions d’obtention de la nationalité par le mariage.

Une personne, qui vit à l’étranger avec un conjoint de nationalité française, peut demander la nationalité qu’au bout de cinq années de mariage. Ce délai est réduit à quatre ans si les époux vivent sur le territoire français. Dans ces deux cas, il faut qu’elle apporte la preuve de la maîtrise de la langue française et de leur adaptation à la culture.

L’acquisition de la nationalité est loin d’être automatique. Chaque dossier est examiné. Les personnes qui ne remplissent pas les conditions se voient refuser la nationalité. La nationalité est également refusée si la personne ne démontre pas les quatre/cinq années de vie commune.

 

En conclusion, j’ai pris beaucoup de plaisirs à lire deux fois Brexit Romance.

J’ai retrouvé l’ambiance britannique que j’apprécie énormément. La plume de l’autrice est piquante et d’une grande justesse. Elle aurait pu tomber dans les clichés mais il n’en a rien été.

Une oeuvre à découvrir et redécouvrir.

 

 

 

 

 

 

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